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20 ANS, UNE GUERRE ET APRES ? 

QUELLES PERSPECTIVES POUR LA JEUNESSE BOSNIENNE ?

Réticence à l’engagement
Peu s’intéressent à la politique qu’ils considèrent comme trop corrompue. Selon l’enquête du PNUD, la majorité d’entre eux vote, mais sans grand espoir de changement. Comme en témoigne Jasanka « Je vote à chaque élection. Mais le problème est que je ne vote pas vraiment pour un parti et sa politique, mais plutôt pour le parti qui sera à même de battre les nationalistes ». Les gens ne se sentent pas concernés par la politique en raison de l’héritage communiste de l’époque titiste et de la corruption largement répandue. « La politique, c’est la guerre. Les partis nationalistes sont encore au pouvoir, la situation n’a pas progressé. La politique ne sert que les intérêts d’un petit nombre qui n’ont aucune considération pour les électeurs. Pourquoi devrais-je m’impliquer ? » explique Jasmin (24 ans, Travnik, résident à Sarajevo pour raison professionnelle).

Bien que cette implication soit faible, il y a des espoirs d’amélioration grâce aux initiatives de développement de la société civile et de l’éducation informelle, qui tentent d’engager les jeunes en leur donnant conscience de l’importance de leur mobilisation. Il y a, en Bosnie-Herzégovine, un nombre très élevé d’Organisations non-gouvernementales (ONG). Environ 1 300 sont déclarées, mais seulement 300 à 500 seraient véritablement actives.
L’action de certaines de ces organisations est incontestablement nécessaire au rétablissement de la société bosnienne profondément déchirée. De nombreux problèmes sociaux sont apparus en cette période de double transition d’après-guerre et d’un système socialiste à l’économie de marché. 
La participation active et efficace des jeunes dans toutes les sphères de la vie publique est un objectif clé du Conseil de l’Europe et de l’OSCE. On peut ainsi souligner l’action de l’ONG Prigovor Savjesti (« Objection de conscience ») qui se bat depuis trois ans pour instaurer le système du Service civil. En mars 2003, elle devenait la première ONG à signer un accord de coopération avec le Ministère de la Défense. Une fédération de toutes les associations bosnienne, OIA (Odmladinske Informacija Agencija, Agence d’Informations pour la Jeunesse) a également été créée en 2001 afin de coordonner toutes ces actions et de les représenter à tous les niveaux de gouvernement.

Néanmoins, les jeunes de Bosnie disposent de peu d’endroits pour se réunir et exprimer leur créativité. En outre, en raison de leur manque de moyens financiers, un très faible pourcentage d’entre eux a le privilège d’assister régulièrement à des événements culturels tels que pièces de théâtre, cinéma, visite de musées/galeries… Pour la majeure partie, la vie culturelle se résume à regarder la télévision et à écouter la radio. Par ailleurs, il faut préciser que le milieu artistique de Bosnie reste encore restreint. Si les grandes villes, principalement Sarajevo, font preuve aujourd’hui d’un certain dynamisme culturel accessible à tous, il n’en est pas de même dans les petites villes et villages où il n’y a pratiquement aucune vie et activité associative. Ils ont donc peu d’occasions de créer des projets en commun. Les anciens centres de la jeunesse (Dom Omladine) ont souvent été privatisés et utilisés à d’autres fins. A Sarajevo, Mostar, Bihac, et beaucoup d’autres villes, l’on tente vainement de réhabiliter ces anciennes Maisons de la Jeunesse ou Centres Culturels en organisant diverses manifestations de sensibilisation. Cependant, ces ONG restent souvent dans de mauvaises conditions, disposant de vieilles infrastructures et de pratiquement aucun équipement. Cela résulte de la très faible part des budgets municipaux accordée aux activités relatives aux jeunes. D’autre part, ces organisations, qu’elles soient politiques, sociales, culturelles ou autres, n’attirent qu’un petit nombre de jeunes et, en 2003, ils étaient 72% à n’avoir jamais été volontaire. Tout cela est la conséquence de la situation économique précaire et mais aussi de l’absence de tradition de volontariat en Bosnie.

Les jeunes sont le potentiel d’un pays. Leur implication et leur engagement dans la vie politique, économique et sociale assure le renouvellement du pays. Les slogans libéraux actuels clament l’égalité des chances, mais les nombreux conflits et guerres rendent bien souvent inapplicables ces principes égalitaires. La jeunesse issue de ce contexte historique troublé doit affronter une réalité bien plus difficile et trouver de réelles motivations. Quelle sera alors la viabilité de la BiH si plus de la moitié du potentiel démographique émigre ? Ce petit pays doit construire son avenir sur les ruines d’un profond conflit ethnique. Seul le renouvellement des générations permettra d’effacer ces clivages, de changer les mentalités, encore très traditionnelles, et d’apporter un souffle nouveau dans l’histoire de cette jeune République. La communauté internationale tente, par de nombreux programmes et projets, de mobiliser la population, principalement jeune, afin de développer la société civile et de modifier les comportements et les préjugés. Ce processus risque d’être long. Seule une telle participation peut aider à créer une coalition efficace entre les générations capable de faire face aux défis actuels et futurs. Miser sur les jeunes est un pas essentiel vers le développement, vers la stabilité et vers la prospérité. Si les autorités soutenaient activement les initiatives civiles des jeunes, et les rendaient acteurs du processus de décision, on peut supposer que la majorité d’entre eux décideraient de rester en Bosnie et de contribuer, par son implication, au renouveau et à l’amélioration de la situation du pays et de ses habitants. La ville de Sarajevo avait été choisie pour accueillir l’un des rares Sommets Régionaux de la Jeunesse pour la Paix du 7 au 10 mai 2004, en raison de son image de symbole de cette volonté de résistance et de renaissance de sa richesse multiculturelle. Il s’agissait là de prouver à ces jeunes qu’ils ne sont pas oubliés et que tous ensembles ils peuvent agir et être ainsi directement acteur de leur avenir.

Elo B

Notes : 
6) La constitution yougoslave de 1974 distinguait les termes « nation » (narod) et « nationalité » (narodnost). C'est ainsi que l'on hissa les « musulman » au statut de narod en dotant la qualification d'une majuscule, ce qui en excluait les musulmans relevant de nationalités spécifiées, tels les Albanais. La Bosnie n'était pas tout à fait de la même nature que les autres Républiques yougoslaves : elle est la seule à avoir trois communautés nationales constitutives. Ce cas illustra les limites de la conception yougoslave du fédéralisme qui dissociait les notions de territoire, en l'occurrence la république, et d'appartenance nationale (narod).
7) Il faut cependant préciser que la notion d’ONG dans les Balkans correspond à toutes les sortes d’associations en France.
8) Voir site Internet : www.prigovorsavjesti.ba 
9) Voir site Internet : www.oia.ba

En savoir plus :

L'Ex-Yougoslavie dix ans après Dayton publié chez l'Harmattan

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Medjugorje, le cas de l’apparition de la « Vierge Marie » en Bosnie-Herzégovine

Lire notre article  : Sta Ima - Ex Yougoslavie, d'un Etat à l'autre

Le site d'Elo B

Voir notre carnet de voyage Paris - Sarajevo

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